Large pointe de terre défiant les flots de l’Atlantique, tout à l’extrémité ouest de la France et de l’Europe, le Finistère cultive une image de bout du monde et garde pourtant une part de mystère. Du cairn de Barnenez, haut lieu de la préhistoire bretonne près de Morlaix, à la forêt d’Huelgoat peuplée de légendes et de fées, en passant par les enclos paroissiaux du pays Léon et le Ménez Hom, montagne sacrée des Celtes qui domine la baie de Douarnenez comme une dernière sentinelle de la Montagne Noire, le territoire mêle en permanence histoire, mythes et paysages spectaculaires.
Terre de marins par excellence, le Finistère offre des panoramas maritimes parmi les plus saisissants de toute la Bretagne. Les éperons rocheux de la sauvage pointe du Raz, en Cornouaille, répondent au promontoire grandiose et désolé de la pointe de Pen Hir. Au nord, le phare de l’île Vierge, sentinelle dressée à la pointe extrême du Finistère nord, veille sur un chapelet d’écueils redoutés des navigateurs. Plus au large encore, le phare du Créac’h sur l’île d’Ouessant signale l’entrée de la Manche aux navires et rappelle la violence des tempêtes. Ouessant, terre rude mais hospitalière, invite à pêcher la langouste, à pédaler sur de petites routes bordées de murets de pierre et à contempler le ballet des vagues autour des rochers.
Le Finistère, c’est aussi Brest et sa rade immense, l’un des plus grands ports militaires et commerciaux de France. La ville s’ouvre sur une rade abritée où mouillent navires de guerre, cargos et voiliers de plaisance. La célèbre rue de Siam descend vers le pont de Recouvrance, qui franchit la Penfeld et rejoint un quartier longtemps réputé pour ses cabarets et sa vie nocturne. Plus haut, le cours Dajot domine le port de commerce et offre un large point de vue sur la rade, tandis que l’ancienne base sous-marine rappelle un passé plus sombre. Face à Brest, la presqu’île de Crozon déroule ses paysages mi marins, mi champêtres, avec des petites fermes nichées au creux des chemins, des landes couvertes d’ajoncs et de genêts, et des sentiers vertigineux qui longent des falaises abruptes.
Depuis la pointe des Espagnols, on gagne le petit port langoustier de Camaret sur Mer, blotti entre deux falaises dans une anse spectaculaire, puis la pointe de Dinan et le cap de la Chèvre qui s’ouvre sur la baie de Douarnenez. La plage de Morgat, charmante station balnéaire aux portes du parc naturel régional d’Armorique, permet une pause entre mer et forêt. Plus loin, Douarnenez impose sa silhouette de grand port de pêche, célèbre pour ses vieux gréements et sa fête de la mer qui, chaque été, réunit des voiliers venus du monde entier. La légende situe d’ailleurs dans la baie la cité d’Ys, engloutie par les flots après la conduite scandaleuse de Dahut, la fille du roi Gradlon. Un peu à l’écart, le village de Locronan, l’un des plus beaux de Bretagne avec ses maisons de granit, ses échoppes anciennes et sa colline couverte d’ajoncs et de genêts, semble figé hors du temps.
Au sud ouest de Douarnenez, on arrive au pays de Cornouaille et à l’impressionnante pointe du Raz. Dans toute cette région, les paysages se succèdent comme une longue marche vers le large. Éperons rocheux, falaises battues par les vents, phares et sémaphores, chapelles isolées, criques sauvages et sentiers exposés au vide mènent littéralement au bout de la Bretagne, à l’extrémité de l’Europe. C’est au cap Sizun que se réfugient de nombreux oiseaux marins, fous de Bassan, goélands argentés, mouettes et cormorans huppés, qui trouvent sur ces falaises un refuge idéal.
Un peu plus bas, la pointe de Penmarc’h et le puissant phare d’Eckmühl annoncent l’entrée en pays Bigouden. Le port de Saint Guénolé, spécialisé dans la pêche à la sardine et au thon, témoigne toujours de cette économie tournée vers la mer. Plus à l’intérieur, Pont l’Abbé, souvent considérée comme la capitale du pays Bigouden, reste fière de ses traditions, de ses costumes et de ses fêtes folkloriques. En suivant la courbe du littoral, on rejoint la station balnéaire de Bénodet et la douce vallée de l’Odet. Les rivages y sont boisés, ponctués de villages discrets, de vieux manoirs et de petites chapelles qui méritent bien le détour.
En poursuivant la route côtière, on parvient à la ville close de Concarneau, premier port thonier de France, dont les remparts dus à Vauban encerclent un dédale de ruelles animées. Un peu plus loin, Pont Aven se niche au creux d’un vallon boisé. Ses maisons anciennes, ses rochers, sa rivière et ses moulins ont inspiré de nombreux peintres, dont Gauguin, qui y développa la célèbre école de Pont Aven. Plus en amont, Quimper, cité médiévale traversée par l’Odet, est connue pour sa cathédrale, ses maisons à pans de bois, ses faïenceries et son festival de Cornouaille qui célèbre chaque année la culture bretonne.
Vers l’intérieur, la route mène à Rosporden, aux Montagnes Noires, au parc naturel régional d’Armorique et aux monts d’Arrée, dont les crêtes dénudées offrent des panoramas très contrastés par rapport aux côtes maritimes. Morlaix, port de plaisance lové au fond d’une ria, séduit par ses ruelles pittoresques, ses maisons à pans de bois, ses boutiques anciennes et ses marchés animés. De là, une belle route conduit à la pointe de Primel, célèbre pour ses rochers rouges, et au cairn de Barnenez qui domine la baie.
On peut enfin gagner le pays Léon, où, de Morlaix à Landerneau, les enclos paroissiaux dressent une véritable bible de pierre. Porches sculptés, calvaires monumentaux, ossuaires et clochers ajourés témoignent de la richesse religieuse et artistique de ces villages. Une halte à Saint Pol de Léon, ancienne cité épiscopale, au vieux nid de corsaires de Roscoff ou à Carantec, agréable station familiale, permet d’alterner patrimoine et balades littorales. Plus à l’ouest, la côte des Abers, entre Plouguerneau et Lanildut, enchaîne de longues anses où les anciennes vallées fluviales se sont ouvertes sur la mer. Dunes sauvages, petites plages, bois, chapelles et anciens manoirs composent un paysage où la terre et l’océan se mêlent intimement.
Dans ces décors de falaises, de ports, de landes et de légendes, le Finistère déploie toute la palette de la Bretagne. On y vient pour suivre les routes du bout du monde, pour marcher face au vent, pour écouter les histoires de marins et pour se laisser gagner par l’impression, finalement tenace, d’être arrivé au bord de quelque chose de plus vaste que la simple ligne d’horizon.